Atelier : LA CAUSE DES GRECS. Une histoire du mouvement philhellène (1821-1829)

Le 15 janvier 2008 à 18h30 Maison des associations

Denys BARAU, archiviste, docteur en études politiques (EHESS), présentera sa thèse

LA  CAUSE  DES  GRECS. Une histoire du mouvement philhellène (1821-1829)

En voici le résumé :

Mouvement de soutien aux Grecs soulevés contre l’occupation ottomane en 1821, le philhellénisme, qui s’est développé en Europe et aux Etats-Unis, a été la première intervention d’envergure des sociétés, ou des opinions publiques, dans une affaire de politique internationale. Foncièrement politique – il s’agissait de l’indépendance d’un pays –, il a mobilisé aussi des ressorts religieux, philanthropiques et culturels. Dans les insurgés grecs on pouvait voir tout ensemble des opprimés se libérant des chaînes du despotisme, des chrétiens défendant leur foi, des êtres humains luttant pour survivre et, ce qui n’était pas le moindre, les descendants des Grecs de l’Antiquité recouvrant leur héritage.

La thèse s’attache d’abord à décrire la dynamique d’ensemble du mouvement : les centres d’initiatives, les formes qu’a empruntées la mobilisation et les moyens qu’elle a mis en œuvre, les dimensions et les limites de son déploiement. Elle en analyse aussi la référence insistante à l’opinion publique, l’inscription dans les conjonctures politiques des différents pays et dans l’histoire des sociabilités politiques. Un second versant de l’enquête  met ensuite l’accent sur la portée d’expérience personnelle de la participation à cette mobilisation. Après avoir examiné les modes d’appartenance au mouvement (signes, rôles, visibilité), on distingue les investissements plus diffus des « philhellènes de l’arrière » de l’expérience plus radicale des « philhellènes du front ». Les premiers, de loin les plus nombreux, se sont contentés de donner, à distance, de leur argent ou de leur temps, de mettre au service de la cause leur notoriété ou leur talent. On s’est interrogé à leur sujet sur les rapports entre implications personnelles et injonctions collectives, sur les registres de la personnalité qui se sont trouvés engagés, et sur la manière dont la cause des Grecs a pu s’inscrire dans certaines trajectoires biographiques, comme celle de Jeremy Bentham ou de Louis-Philippe d’Orléans, de Chateaubriand et de Victor Hugo, de Claude Fauriel ou de l’homme d’affaire genevois Jean-Gabriel Eynard. Ceux qui ont voulu aller soutenir les Grecs sur le terrain, en personne, et dont Byron est évidemment le plus illustre, ont été beaucoup moins nombreux. Leur expérience est appréhendée à travers, d’une part, les deux moments critiques du départ et du retour, et, de l’autre, les deux aspects du voyage dans un pays en révolution et de la participation à la guerre. Sous ces deux rapports l’expérience a été rude : beaucoup y ont même laissé la vie, peu ont échappé à la déception devant une réalité grecque bien éloignée de l’image qu’ils s’en étaient faite et où ils peinaient à trouver leur place.

Expériences décevantes, mouvement enthousiaste. Le contraste est emblématique du romantisme qui a imprégné cette figure précoce d’un phénomène caractéristique de notre modernité, dont les avatars, depuis, ont été multiples : la volonté d’agir dans l’histoire, en personne et à l’échelle du monde.