Autour de « Si parler va sans dire » de F.Jullien

Annie Léchenet, maître de conférence en philosophie, animera la rencontre avec François Jullien autour de son livre: « Si parler va sans dire »

si-parler-va-sans-dire.gifFrançois Jullien est professeur à l’Université Paris 7 – Denis Diderot et membre de l’Institut Universitaire de France. Il dirige l’Institut de la pensée contemporaine. Ses ouvrages sont traduits dans une vingtaine de pays. Il est notamment l’auteur de : Penser d’un dehors (La Chine), Entretiens d’Extrême-Occident (en collaboration avec Thierry Marchaisse, Seuil, 2000), L’Ombre au tableau, Du mal / du négatif (Seuil, 2006), Nourrir sa vie, À l’écart du bonheur (Seuil, 2005), Conférence sur l’efficacité (PUF, 2005). Il vient de publier aux éditions du Seuil : Si parler va sans dire. Du Logos et d’autres ressources (2006) et a dirigé Agenda de la pensée contemporaine. Qu’arrive-t-il dans la pensée ? (Flammarion, 2006).

Mercredi 7 mars à 19H à l’École Supérieure d’Art et Design de Saint-Étienne – 15, rue Henri Gonnard

« “Exotique” dit la fascination de la distance, générant complaisamment de la différence. L’ex-optique fait l’inverse : elle produit un dispositif qui, à partir d’un dehors, comme de Chine regardant l’Europe et réciproquement, fait travailler l’écart des cultures pour mettre au jour leurs ressources – leur donnant ainsi à dialoguer dans une commune intelligence. (…) L’immanence est ce avec quoi l’esprit peut entrer dans un rapport de “connivence”, mais dont il ne saurait pour autant faire un objet de connaissance – telle serait la réponse faite à Aristote. (…) Connaissance ou connivence : c’est entre elles que passerait finalement la démarcation, comme entre versants opposés; ou qu’on peut figurer l’alternative, celle de la Raison avec son autre, cet autre qu’elle même a tant de mal à décrire puisqu’elle ne peut regarder dans son dos. Car il y a globalement là, en même temps que deux façons de se rapporter aux êtres et aux choses, soit intime soit extérieure, deux régimes de la parole et de la pensée, se répartissant tels l’adret et l’ubac de la montagne (…).»

Aristote nous a laissé ces équivalences majeures, s’imposant comme des évidences : que parler c’est dire ; que dire est dire quelque chose ; et que dire quelque chose est signifier quelque chose : destinant ainsi la parole à être le discours déterminant de la science, reposant sur le principe de non-contradiction et apte à répondre à la question grecque par excellence – désormais mondialisée – du « qu’est-ce que c’est ? ». En se tournant vers les penseurs taoïstes de la Chine ancienne, François Jullien rouvre une autre possibilité à la parole : « parole sans parole », d’indication plus que de signification, ne s’enlisant pas dans la définition (puisque non adossée à l’Être), disant « à peine », ou « à côté » – qui ne dit plus quelque chose mais au gré. Or, n’est-ce pas aussi là, quelque part (à préciser), la ressource que, depuis Héraclite, en Europe, revendique avec toujours plus de virulence la poésie ? Aristote ne débat plus ici avec ses opposants familiers. S’invitent enfin à ses cours, pour dialoguer avec lui, des interlocuteurs inattendus, et même qu’il n’imaginait pas.

François Jullien

Rencontre / débat / Entrée libre