Atelier d’Aussitôt dit : « le Je et le Nous » selon L. Binswanger.

Le lundi 14 mai, à 18H30, à la Maison des associations :

Mireille Coulomb, professeur de philosophie, présente un atelier,à partir de sa thèse :

« Subjectivité, intersubjectivité et nostrité selon L. Binswanger »
La nostrité est la traduction de la Wirheit allemande, le « Nous ».

Voici un résumé de la thèse :

Ce travail s’attache à la lecture des œuvres de Ludwig Binswanger, psychiatre clinicien, né en 1881 et mort en 1966. Nous nous référons particulièrement à la réédition depuis 1993 des usgewählte Vorträge und Aufsätze en allemand, ainsi qu’aux différentes œuvres traduites en français.

Une première partie aborde la relation intersubjective comme fondement du concept de subjectivité. La question de la folie oblige à repenser le « sujet » depuis Descartes. La conception de la subjectivité comme « substance pensante » puis comme « sujet transcendantal » au sens kantien peuvent apparaître comme des impasses, ne pouvant rendre compte de la pathologie de la psychose. La phénoménologie offre des outils théoriques au psychiatre, sans décrire pourtant l’essence de la maladie comme inflexion insigne de l’existence.

Binswanger dans ses premiers textes des années 1920, se réfère de manière privilégiée à Husserl, pour affirmer que la folie est un phénomène et non un symptôme et tenter de comprendre moins la maladie que le malade. Les concepts d' »histoire intérieure de la vie », de « style » et de « caractère » permettent la description phénoménologique du comportement psychotique, comme résultat d’une histoire individuelle qui ne parvient plus à constituer le moi dans son ipséïté. L’individualité psychotique conduit à reposer la question de la norme à la fois nécessaire pour penser l’anormalité et dangereuse si elle se réduit au diagnostique d’exclusion.
Binswanger permet de comprendre l’idios Kosmos de la pathologie comme retrait par rapport aux autres et place au centre de ses descriptions la relation avec autrui. Ainsi les références à Heidegger qui deviennent prégnantes dans les années 1930 (et pendant plus de vingt-cinq ans) lui font décrire l' »être-au-monde » du malade comme un être-au-monde solitaire, s’opposant au koïnos Kosmos de tous. Le monde quotidien de la préoccupation est lui-même infléchi dans le sens d’une incompréhension du familier.

Ainsi Binswanger peut décrire dans son œuvre maîtresse, les Grundformen und Erkenntnis menschlichen Daseins (1942), ce qu’il nomme la « nostrité » (Wirheit) et qu’il érige en existential. Une deuxième partie de notre travail traite ainsi du « je » par rapport au « nous » en se référant en priorité aux Grundformen und Erkenntnis menschlichen Daseins. Cette œuvre se présente comme une confrontation avec Heidegger qui décrit le Dasein en terme de « souci » et oublie le « Nous » de l’amour. Pour Binswanger il faut distinguer le Nous, non seulement du soi individuel, mais aussi du « on » heideggerien qui réduit l’être-ensemble réciproque au nivellement médiocre et inauthentique. Il entend montrer que le « Nous » de l’amour dépasse même le sens de la sollicitude authentique de Heidegger : il nourrit la possibilité d’une solitude et d’un être-pour-la-mort sans angoisse, de la sérénité au sein de l’absence de fondement, de la grâce d’un « surpassement du monde », de la retraite heureuse dans le silence. Binswanger construit ainsi le concept d’une « rencontre originaire » fondatrice de l’existence, la nostrité s’avérant la condition de possibilité de la subjectivité.

Mais la pathologie ne peut dès lors se comprendre que comme inflexion de la nostrité de l’amour. La description de l’emprise de l’autre qui ne peut être aimante mais tend à réduire l’autre à un instrument donne lieu au concept de « prendre-par » (prendre-par l’oreille) ou « prendre-au » (prendre-au collet, prendre-au-mot). Au contraire l’amour implique un participer ou un prendre-part qui est un partage. Il existe ainsi différents degrés d’inflexions de la rencontre dont la pathologie est le plus dramatique. Dans la fuite des idées maniaque, le malade échoue à répondre à l’autre mais aussi à répondre de l’autre, et réduit le dialogue à une adresse. Le sacrifice pathologique du passage à l’acte révèle un amour infléchi et perverti en son contraire là où le délire paranoïaque est transformation de l’autre authentique en une pluralisation du Tu, et une intrusion horrifiante de l’altérité multiple.

Au contraire la tonalité sereine de l’amour rend possible la description d’une temporalité qui échappe à la préoccupation, l’accueil de l’événement, mais aussi la grâce d’un temps qui devient éternité, comme dans le mouvement infini de la danse.

Mais le primat de la nostrité permet de repenser – c’est l’objet de notre troisième partie – le sens de la chair, de la spatialité et de la langue. La chair (Leib) tout d’abord, s’oppose au corps et se définit comme incarnation d’un existant. Mais elle devient avec Binswanger un existential qui se trouve traversé par le propre et l’impropre et qui doit surtout être articulé avec la rencontre d’une autre chair. Les dimensions charnelles de la danse, de la marche, mais aussi du comportement et de la perception par autrui sont décrites par Binswanger aussi bien lorsqu’elles permettent une véritable rencontre que lorsqu’elles s’infléchissent en rigidité corporelle et échec du contact. La spatialité prend un sens original, Binswanger distinguant espace orienté et espace thymique, en insistant sur ce dernier que Heidegger n’aurait pas décrit. Il met surtout au point le concept de « direction de sens » (Bedeutungsrichtung) particulièrement heuristique pour rendre compte des Stimmungen spatiales (verticalité, horizontalité, profondeur…) qui colorent toute existence. Et là encore, la spatialité trouve son sens le plus fécond dans l’articulation avec le Nous, puisque la pathologie est à la fois appauvrissement et manque de souplesse des directions de sens et impossibilité d’un Nous authentique. La langue enfin apparaît comme le fond commun et nostrique de toute rencontre possible. La poésie est pour Binswanger non seulement la langue de l’amour, mais la parole révélatrice de la rencontre originaire, à l’œuvre dans toute existence authentique. L’image ne peut ainsi s’opposer au récit, la métaphore racontant les origines au sein d’un parler commun reconnu par tous. Le poète dépasse l’angoisse par la confiance et retrouve dans les mots la proportion anthropologique de l’existence.

Les années 1960 voient toutefois les textes de Binswanger opérer un « retour » à Husserl sur lequel porte notre quatrième et dernière partie. Si déjà La Fuite des Idées (1933) et Schizophrénie (1957) annonçaient ce retour, ce sont surtout Mélancolie et Manie (1960), puis Délire (1965) qui l’accomplissent. Pourtant, il apparaît que ces œuvres marquent peut-être plus un retour à Kant qu’à Husserl. Et c’est la lecture du schématisme kantien, et l’influence de celle qu’en fait Heidegger qui inspirent Binswanger. Il importe pour lui de comprendre la genèse de la pathologie dès la perception, et d’insister sur l’imagination et son rôle de synthèse. Mais dès lors, on peut critiquer une reprise de concepts métaphysiques comme la perception, ou d’autres plus obscurs (comme le « désespoir de l’ego »), un retour à la subjectivité transcendantale et se demander ce que devient le Nous dans ce nouveau cadre théorique. Les mêmes cas de malades (comme Suzan Urban par exemple) ont pu donner lieu à une approche plus phénoménologique, et une plus transcendantale. C’est la relecture de la pensée de l’alter ego, que l’on trouve dans Délire, qui nous permet de comprendre les apports et les limites du « retour à Husserl ». La reprise du concept d’intentionnalité permet une pensée de l’intimité (Heimat) que Binswanger produit sans la rendre toujours explicite, articulant la question de l’alter ego à ce que nous nommons une « éthique » fondatrice de tout rapport à l’autre, et dont la psychose serait l’époché.
La prise en compte de ces limites nous conduit à une lecture privilégiée d’un des exégètes de Binswanger : Bin Kimura. Celui-ci en effet conceptualise ce qu’il nomme l’Entre et qui se rapproche du Nous de Binswanger, renouvelant et prolongeant une pensée du sens commun, de la nostalgie et de l’intimité.

TELECHARGER LE RESUME, LE PLAN, LA BIBLIOGRAPHIE :

coulomb-atelier-2007-these-nostrite.doc

Théories contemporaines du sujet et de l’identité : Peer Gynt d’Ibsen.

Atelier de philosophie d’Aussitôt dit

« Une performance de la théorie de l’identité narrative : Peer Gynt d’Ibsen. » L.Chapuis

Séance du jeudi 19 avril 2007, 18h30 à la maison des associations, salle 17 :

On se propose d’introduire notre sujet par une synthèse, copieuse mais nécessaire, tant en suivant le fil des travaux eux-mêmes que pour préparer la lecture de Peer Gynt, des travaux majeurs de Paul Ricoeur, Stéphane Chauvier et de V.Descombes sur la notion de « sujet ». Nous présenterons une brève histoire de l’anti-cogito à partir de textes de Hume et de Nietzsche, puis nous verrons quels sont les arguments conduisant à abandonner une conception éidétique de la subjectivité. Le sujet n’est ni transcendantal, ni anté-prédicatif. Plus exactement, il est « aptitude à former des jugements égologiques », notamment des jugements réflexifs normatifs, et acte de détermination pratique de soi par injonction du soi, autrement dit, aptitude acquise à adopter, à l’égard de son action, le point de vue normatif.

Séance du jeudi 26 avril 2007, 18h30 à la maison des associations, salle 17 :

A partir d’extraits de la pièce d’Ibsen, nous montrerons que Peer Gynt proçède dès 1867 à la mise en place d’un récit qui coïncide presque point par point avec la définition de l’identité narrative présentée par Ricoeur en 1985, et esquivant les critiques contemporaines adressées aux théoriciens de l’identité. Peer Gynt serait l’acte narratif coïncidant avec la théorie de l’identité narrative : le sujet est « dehors », le sujet n’est nulle part ailleurs que dans le récit, et dans la disposition morale de ses relations avec les autres sujets.

Bibliographie :

  • A.Arendt, Condition de l’homme moderne, chapitre V, « L’action », 1ère partie, La révélation de l’agent dans la parole et l’action ». Paris, Calmann-Lévi, 1983. L’agent comme réponse à la question « qui ? ».
  • S.Chauvier, Dire « je », essai sur la subjectivité. Paris, Vrin, 2001. Le sujet comme « mode d’être selon des jugements égologiques » : être sujet, c’est parler à la première personne.
  • V.Descombes, Le complément de sujet. Paris, Gallimard, 2004. Synthèse aristotélico-wittgensteinienne, suite au tournant grammatical de la philosophie du sujet : il y a un « devenir sujet » purement pratique, un exercice à se diriger soi-même.
  • V.Descombes, La denrée mentale. Paris, Minuit, 1995, spécialement chapitre 2.3, 4.2 et 12.3. L’esprit est « dehors », à l’extérieur de l’individu.
  • H.Ibsen, Peer Gynt. Orléans, Éditions théâtrales, 1996.
  • F.Nietzsche, Par-delà bien et mal. Paris, Gallimard, 1971 §16 et §17.
  • F.Nietzsche, Fragments posthumes, t.XIII. Paris, Gallimard, 1977, p.248.
  • P.Ricoeur, Soi-même comme un autre, Préface, « La question de l’ipséité ». Paris, Seuil, 1990, p.11-30.
  • P.Ricoeur, Temps et récit I, « La triple mimésis ». Paris, Seuil, 1983. Le récit comme condition de l’existence temporelle.
  • P.Ricoeur, Temps et récit III, « L’identité narrative ». Paris, Seuil, 1983. « La vie est un tissu d’histoires racontées ».

L’humanitaire en question – Brauman, Portevin, Le Pape

Cycle de conférences

Le mardi 27 mars à 20 heures au cinéma Le France – rue de la Valse à St-Etienne : projection du film

« Congo, la paix en otage » (52mn)congo-couleur.jpg

suivie d’une rencontre animée par Denys Barau avec Rony Brauman, Catherine Portevin et Marc Le Pape sur le thème « L’humanitaire en question ».

Télécharger le programme de la soirée : aussitot_dit_brauman_portevin.pdf

Télécharger une bibliographie sur la question humanitaire: biblio-humanitaire.doc

L’enseignement de la philosophie au lycée

1) Si vous souhaitez connaître le programme de philosophie des classes terminales actuellement en vigueur dans les séries générales : consultez le B.O n°25 du 19 juin 2003.

Le programme des séries technologiques se trouve dans le Hors-série n° 7 du 1 er septembre 2005.

2) Un projet de réforme du lycée est en cours. Pour l’instant aucun changement n’est entré en vigueur. Peu d’informations sont disponibles.

3) Il serait question de revaloriser la série littéraire.

Il est possible de consulter le rapport 2006 expliquant les évolutions de la série littéraire et prônant la refonte de la série :

rapport-igen-2006-revaloriser-litteraire.pdf

Le rapport propose trois solutions :

  • fusionner L/ES  : « lettres et sciences humaines » ;
  • fusionner toutes les séries : un tronc commun privilégiant également sciences de la vie et de la nature et sciences humaines, en volume comme en coefficient, complété par des options de spécialisation ;
  • maintenir les séries et réintroduire un enseignement scientifique adapté.

Information : De l’effacement de la personne – Jean-Marc Cerino

Rencontre Thomas More – 24 et 25 mars 2007

L’intérêt de la session est dans la rencontre entre un artiste, Jean-Marc Cerino et des intervenants sociaux, professionnels, bénévoles, praticiens de diverses
disciplines. Jean-Marc Cerino re-présente, au moyen d’une technique très aboutie, la perte de réalité sociale, d’identité, voire de territoire, de ceux que nous nommons, non sans malaise, les exclus. L’artiste indique, dans le même geste, une voie pour leur redonner corps. Cette démarche invite à interroger les pratiques sociales et l’action publique orientées vers ces personnes, dans la
perspective de cette problématique de l’effacement et de la restitution. Il ne s’agit donc ni d’une rencontre d’art contemporain, ni d’un séminaire de travail social, mais bien de l’invitation au dialogue entre ceux qui, praticiens et/ou citoyens, ne se résignent pas à l’inexorabilité des processus d’exclusion. Les interventions porteront autant sur les processus d’effacement que sur les actions qui visent à redonner consistance dans les différents champs auxquels elles se rapportent.

Samedi 24 mars

  • 10h00 : Introduction de la session par Geneviève Decrop et Marc Chauveau (pourquoi ce thème dans ce lieu et avec ces intervenants ?)
  • 10h30 : Présentation de l’œuvre de Jean-Marc Cerino / entretien avec Michel Gaillot, philosophe, qui a publié Jean-Marc Cerino – Un lieu en offrande
  • 11h15 : L’effacement de la personne dans l’art du 20ème siècle, Itzhak Goldberg
  • Premier temps de débat
  • 12h15 : pause

12h30 : déjeuner

  • 14h15 : souffrir sans disparaître, ou: comment faire avec la clinique de l’auto exclusion pendant le temps de la vie, c’est-à-dire, si possible, avant la mort ?, Dr Jean Furtos, psychiatre, directeur de l’ORSPERE
  • 15h00 : L’accompagnement des grands précaires bouscule les normes et les savoirs établis du travail social (au travers de l’expérience de longue durée de deux responsables d’Accueil de jour de personnes à la rue), Odette Bourgey (Relais SOS)
  • Débat
  • 16h30 : pause
  • 17h00 : L’effacement par les statistiques. Le point sur l’état de la recherche de nouveaux indicateurs sociaux, construits au plus près des réalités de terrain, voire avec les personnes elles-mêmes. Elisabeth Maurel, sociologue, membre du Conseil scientifique de l’Observatoire National de la Pauvreté et l’Exclusion Sociale.
  • Débat jusqu’à 18h30 – 18h45
  • 19h30 : Dîner. Tous les participants sont invités à rester au repas et à la soirée qui suit, y compris ceux qui ne sont pas hébergés sur place.

Dimanche 25 mars

  • 9h30 : introduction de la journée et présentation des intervenants par Geneviève Decrop.
  • 9h45 : L’errance et l’exclusion dans la perspective de l’anthropologie urbaine, Noël Jouenne, ethnologue.
  • En contrepoint : Dialogue avec Jean-Baptiste Sauvage : Comment la démarche artistique souligne ou surligne certains dispositifs techniques, certains aménagements urbains dissuasifs pour les errants, les nomades ?
  • Débat
  • 11h00 : La disparition par l’incarcération et la difficile reconquête de soi après la prison – renouer des liens par le parrainage, retrouver une identité par le geste créateur, Eric Jayat (Axès Libre) et Blandine Billaux (ALPES).
  • En contrepoint : Dialogue avec Jean-Marc Cerino sur son intervention à la prison de la Talaudière, Saint-Etienne.
  • Débat
  • 12h00 : apéritif puis déjeuner
  • 14h00 : Dr Jean Furtos et Michel Gaillot : quelles lignes de force peut-on tirer de la rencontre ?
  • Débat sur l’ensemble de la session.
  • 16h00 : fin de la session.

Autour de « Si parler va sans dire » de F.Jullien

Annie Léchenet, maître de conférence en philosophie, animera la rencontre avec François Jullien autour de son livre: « Si parler va sans dire »

si-parler-va-sans-dire.gifFrançois Jullien est professeur à l’Université Paris 7 – Denis Diderot et membre de l’Institut Universitaire de France. Il dirige l’Institut de la pensée contemporaine. Ses ouvrages sont traduits dans une vingtaine de pays. Il est notamment l’auteur de : Penser d’un dehors (La Chine), Entretiens d’Extrême-Occident (en collaboration avec Thierry Marchaisse, Seuil, 2000), L’Ombre au tableau, Du mal / du négatif (Seuil, 2006), Nourrir sa vie, À l’écart du bonheur (Seuil, 2005), Conférence sur l’efficacité (PUF, 2005). Il vient de publier aux éditions du Seuil : Si parler va sans dire. Du Logos et d’autres ressources (2006) et a dirigé Agenda de la pensée contemporaine. Qu’arrive-t-il dans la pensée ? (Flammarion, 2006).

Mercredi 7 mars à 19H à l’École Supérieure d’Art et Design de Saint-Étienne – 15, rue Henri Gonnard

« “Exotique” dit la fascination de la distance, générant complaisamment de la différence. L’ex-optique fait l’inverse : elle produit un dispositif qui, à partir d’un dehors, comme de Chine regardant l’Europe et réciproquement, fait travailler l’écart des cultures pour mettre au jour leurs ressources – leur donnant ainsi à dialoguer dans une commune intelligence. (…) L’immanence est ce avec quoi l’esprit peut entrer dans un rapport de “connivence”, mais dont il ne saurait pour autant faire un objet de connaissance – telle serait la réponse faite à Aristote. (…) Connaissance ou connivence : c’est entre elles que passerait finalement la démarcation, comme entre versants opposés; ou qu’on peut figurer l’alternative, celle de la Raison avec son autre, cet autre qu’elle même a tant de mal à décrire puisqu’elle ne peut regarder dans son dos. Car il y a globalement là, en même temps que deux façons de se rapporter aux êtres et aux choses, soit intime soit extérieure, deux régimes de la parole et de la pensée, se répartissant tels l’adret et l’ubac de la montagne (…).»

Aristote nous a laissé ces équivalences majeures, s’imposant comme des évidences : que parler c’est dire ; que dire est dire quelque chose ; et que dire quelque chose est signifier quelque chose : destinant ainsi la parole à être le discours déterminant de la science, reposant sur le principe de non-contradiction et apte à répondre à la question grecque par excellence – désormais mondialisée – du « qu’est-ce que c’est ? ». En se tournant vers les penseurs taoïstes de la Chine ancienne, François Jullien rouvre une autre possibilité à la parole : « parole sans parole », d’indication plus que de signification, ne s’enlisant pas dans la définition (puisque non adossée à l’Être), disant « à peine », ou « à côté » – qui ne dit plus quelque chose mais au gré. Or, n’est-ce pas aussi là, quelque part (à préciser), la ressource que, depuis Héraclite, en Europe, revendique avec toujours plus de virulence la poésie ? Aristote ne débat plus ici avec ses opposants familiers. S’invitent enfin à ses cours, pour dialoguer avec lui, des interlocuteurs inattendus, et même qu’il n’imaginait pas.

François Jullien

Rencontre / débat / Entrée libre

Analyse philosophique du film Festen

Le 15 mars, à 20 heures, au Méliès, projection de FESTEN de T.Vinterberg (durée : 90mn), pour laquelle l’association AISPAS (Association d’Information et de Prévention des Abus Sexuels) nous a demandé de préparer une analyse filmique et philosophique du film sur le thème suivant :

« Silences, secrets et non-dits dans Festen« 

Sans séparer le fond de la forme, et en tentant de saisir pleinement la spécificité cinématographique d’une expérience, d’autant plus singulière qu’elle est accomplie dans les contraintes du Dogme 95, je tenterai de saisir le problème consistant à montrer le fonctionnement de la violence morale (L.Chapuis).

Carlo GINZBURG, historien : « Peur, révérence, terreur. Une approche oblique au présent. »

Carlo Ginzburg est à Lyon le jeudi 15 février pour une des grandes
conférences de l’Université de Lyon.
Le matin, de 10h à 12h 30, Carlo Ginzburg animera un séminaire à l’ENS-LSH sur ses récentes lectures de Machiavel. Ce séminaire aura lieu dans la salle F 103. Merci de faire savoir à Jean-Claude.Zancarini@ens-lsh.fr si vous comptez y participer.
La troisième Grande Conférence de Lyon du cycle 06-07 qui se déroulera le : jeudi 15 février prochain à 18 heures, avec Carlo GINZBURG, historien « Peur, révérence, terreur. Une approche oblique au présent ».
Lieu : Amphithéâtre Auguste Comte (appelé aussi amphi M), Université Jean Moulin Lyon3 Manufacture des Tabacs – Entrée par le 6 ou 18 Rue Rollet, Lyon 8ème Métro ligne D, station Sans Souci – Bus : lignes 9, 36, 69 – Accès libre et gratuit – Site accessible.
Résumé : Dans les commentaires sur les attentats souvent sanglants qui se sont vérifié depuis 11 septembre 2001, on a parfois évoqué le nom de Hobbes, l’auteur du Leviathan. Est-ce que cette référence est légitime ? Est-ce que lire ou relire Hobbes peut nous aider à comprendre le monde, ce monde où nous vivons ? Est-ce que le monde où nous vivons peut nous aider à lire ou relire Hobbes dans une perspective nouvelle ? Le propos de Carlo Ginzburg vise à répondre à ces questions, et à en soulever d’autres, peut-être inattendues. Pour essayer de déchiffrer le présent – un présent faussement transparent – il faut parfois s’en détourner.

Les ateliers : la situation du champ de l’argumentation.

Le 8 février 2007, à la maison des associations de St-Etienne :

« La situation actuelle du champ de l’argumentation
L’apport de Chaïm Perelman (1912-1984) « 

Cette séance sera organisée autour d’un auteur sans notoriété médiatique, mais qui a joué un rôle important dans l’essor des études de rhétorique et d’argumentation. Elle est destinée à fournir des informations sur une œuvre soucieuse de répondre aux défis de la modernité grâce aux outils, longtemps délaissés, d’une tradition multiséculaire d’étude des arts du langage. L’objectif n’est pas de fournir la monographie d’un auteur, mais de présenter, à cette occasion, les riches travaux menés, depuis un demi-siècle, dans le domaine de l’argumentation, travaux dont les retombées concernent le droit, les études littéraires, la philosophie, l’histoire, les sciences sociales. La question des rapports entre vérité et opinion, qui est souvent au centre de la démarche des chercheurs, sera abordée avec le souci de prendre en compte les usages courants du langage.

J.-C. Guerrini.

Télécharger les documents préparatoires : C. Perelman – Traite d’argumentation.pdf

Plan de l’intervention : plan-intervention-du-8-fevrier.doc

Bibliographie : bibliographie-argumentation.doc

Conférences en partenariat avec la Villa Gillet et L’Hôtel de Ville de St-Etienne

TELECHARGEZ ICI le programme des  Conférences de l’Hotel de Ville et du cycle “Dehors”
17 janvier 2007 , 19 heures, à l’Hôtel de Ville : Jean BIRNBAUM et Raphaël CHEVENEMENT parleront de leur livre « La face visible de l’homme en noir » (à propos de Thierry Ardisson). Cette rencontre sera animée par Michel de Gaudemar, professeur de philosophie.

Dans le cadre du cycle « Dehors... » :

22 Janvier 2007, 19 heures, Ecole des Beaux Arts : « Le queer : une politique du corps »
7 mars 2007, 19 heures, Ecole des Beaux Arts : , François JULLIEN parlera de son livre « Si parler va sans dire ». la rencontre sera animée par Annie Lechenet, professeur de philosophie, maître de conférences à l’IUFM.

informations complémentaires sur le site de la Villa Gillet.