Conférence de l’Hôtel de ville 2019-2020 n°3

Mercredi 11 décembre 2019 à 19h, Médiathèque de Tarentaize (salle de la Cinémathèque)
En partenariat avec la Médiathèque de Saint-Etienne

Thomas BRISSON

à propos de son livre

« DÉCENTRER L’OCCIDENT. LES INTELLECTUELS POST-COLONIAUX, CHINOIS, INDIENS ET ARABES, ET LA CRITIQUE DE LA MODERNITÉ »

Aux Éditions La Découverte (2018)

Comment se sont construites les pensées postcoloniales ? Quel type de critique de l’Occident produisent-elles ? Et quel universalisme alternatif proposent-elles ? C’est à répondre à ces questions, si importantes pour comprendre le monde contemporain et le décentrement en cours de l’Occident, que s’attache ce livre très original.
Bien plus qu’une simple cartographie des pensées postcoloniales, cet ouvrage propose une sociologie de leurs principaux auteurs, en montrant notamment quel fut l’effet de l’exil sur leurs travaux. Décentrer l’Occident fait ainsi l’hypothèse que l’on gagne à appréhender la pensée postcoloniale à l’aune de la notion de « déplacement » : entre deux mondes, les intellectuels postcoloniaux sont déplacés aussi bien en Occident que par rapport à leur monde d’origine. Mais c’est précisément cette position décalée qui leur permet de voir et de penser les formes du pouvoir global.
Retraçant les déplacements d’intellectuels – ceux des postcolonial studies indiennes et arabes mais aussi du nouveau confucianisme chinois – entre les anciens mondes impériaux et l’Occident, Thomas Brisson cherche ainsi à comprendre comment s’y arme la critique, entendue comme art du déplacement de ce qui va habituellement de soi.

Thomas Brisson

 

 

La rencontre sera animée par Arnaud ZOHOU, directeur de l’atelier Canopée 42.

Conférence de l’Hôtel de ville 2019-2020 n°2

Mercredi 20 novembre 2019 à 19h, Hôtel de ville, salle Aristide Briand

Betty ROJTMAN

à propos de son livre

« UNE FAIM D’ABÎME. LA FASCINATION DE LA MORT DANS L’ÉCRITURE CONTEMPORAINE »

Aux Éditions Odile Jacob (2018)

Le monde occidental s’interroge aujourd’hui sur la passion de la mort qui pousse de jeunes terroristes au suicide et au crime. Le présent essai traite d’une autre fascination, non moins troublante : celle qui travaille sourdement les grands textes de notre modernité. Après Alexandre Kojève, l’écriture de Georges Bataille, de Maurice Blanchot, de Jacques Derrida ou de Jacques Lacan, laisse transparaître un lyrisme de la destruction, un engouement pour l’abîme, qu’il faut savoir reconnaître sous la rigueur de la pensée.
D’où vient cette esthétique du malheur ? Quels enjeux recouvre-t-elle ? Au fil d’une minutieuse lecture, l’auteur s’attache à dénuder un complexe de valeurs et d’affects qui remontent aux origines symboliques de notre civilisation. On entrevoit peu à peu que cette revendication de la mort pourrait bien n’être que le signe inversé de la grande protestation humaine, de sa soif d’infini et de son désir d’être.

Betty Rojtman, a dirigé le département de littérature française à l’université hébraïque de Jérusalem. Elle situe sa recherche au carrefour de la pensée contemporaine et de l’exégèse juive traditionnelle. Parmi ses publications : Feu noir sur feu blanc. Essai sur l’herméneutique juive (1986) ; Une grave distraction (préface de Paul Ricoeur, 1991) ; Une rencontre improbable (2002) et Moïse, prophète des nostalgies (2007).

La rencontre sera animée par Mireille COULOMB, professeur de philosophie au Lycée Claude Fauriel.

Conférence de l’Hôtel de ville 2019-2020 n°1

Mercredi 13 novembre 2019 à 19h, Hôtel de ville, salle Aristide Brand

Alain EHRENBERG

à propos de son livre

« LA MÉCANIQUE DES PASSIONS : CERVEAU, COMPORTEMENT, SOCIÉTÉ »

Aux Éditions Odile Jacob (2018)

De nouvelles sciences du comportement humain ne cessent de prendre de l’ampleur et de susciter l’engouement depuis le début des années 1990 : il s’agit des neurosciences cognitives. 
Leur ambition est de faire de l’exploration du cerveau le moyen de traiter les pathologies mentales (comme la dépression ou la schizophrénie) mais aussi de nombreux problèmes sociaux et éducatifs, comme l’apprentissage ou la maîtrise de ses émotions.
Ces sciences sont-elles devenues le baromètre de nos conduites et de nos vies, prenant la place autrefois occupée par la psychanalyse ? L’homme « neuronal » est-il en passe de remplacer l’homme « social » ? 
Alain Ehrenberg montre que l’autorité morale acquise par les neurosciences cognitives tient autant à leurs résultats scientifiques ou médicaux qu’à leur inscription dans un idéal social majeur : celui d’un individu capable de convertir ses handicaps en atouts en exploitant son « potentiel caché ». Elles sont la chambre d’écho de nos idéaux d’autonomie.

Alain Ehrenberg est sociologue, directeur de recherches émérite au CNRS (Cermes3). Il a créé, en 1994, un groupement de recherches du CNRS sur les drogues et les médicaments psychotropes et fondé, en 2001, le Centre de recherche Psychotropes, santé mentale, société (CNRS-Inserm-université Paris-Descartes). Il est notamment l’auteur de La Fatigue d’être soi et de La Société du malaise.

La rencontre sera animée par Jérôme MICHALON, chargé de recherches au CNRS

Octobre 2019 : Fête du livre de Saint-Etienne :

Le débat organisé par l’association de philosophie Aussitôt dit aura lieu le samedi 19 octobre 2019 de 14 h30 à 16 h30 à l’École d’Architecture de Saint-Etienne, rue Buisson (proximité place Jacquard). Il aura pour thème :

« FRONTIÈRES ET LIBERTÉ »

INTERVENANTS :

Benjamin BOUDOU, politiste, chercheur à l’Institut Max Planck,

Léo CHARLES, économiste, Maître de Conférences à l’Université Rennes 2,

Michel FOUCHER, Géographe et diplomate, Collège d’études mondiales (Fondation Maison des Sciences de l’Homme),

François HÈRAN, sociologue, professeur au Collège de France.

Médiatrice : Christine BERTON, CCSTI La Rotonde.

« Conçue comme absence de contrainte, la liberté semble incompatible avec la frontière qui sépare et contrôle. Encore faut-il savoir ce que l’on entend par frontière et quel sens l’on donne à la liberté au sein d’une communauté politique.

Impossible de se prononcer dans l’abstrait sur ces questions qui affectent en profondeur la vie des hommes et des femmes de notre temps, même lorsqu’elles semblent éloignées de leurs préoccupations quotidiennes : Est-il sage de rêver d’un monde sans frontières ? A-t-on raison de s’en remettre aux tracés hérités des conflits du passé, souvent perçus comme  arbitraires ?  Faut-il changer l’idée que l’on se fait des frontières tant leurs formes et leurs fonctions peuvent varier ?

L’effacement des frontières paraît en phase avec la prétention contemporaine d’échapper à l’espace et au temps grâce aux nouvelles technologies de la communication. Pourtant, l’on parle d’un « retour des frontières » et les conflits frontaliers se multiplient. Les courants migratoires, dus aux guerres et aux conflits politiques, se développent, entraînant souvent des réactions d’hostilité et de rejet à l’égard des migrants. Le droit d’asile se trouve fragilisé ou contesté. Alors que la mobilité fait l’objet d’éloges systématiques, la crainte à l’égard de ceux qui se déplacent augmente, alimentant une « angoisse des frontières » et des réflexes xénophobes. L’Europe, elle-même, pourtant engagée dans un processus de suppression de ses frontières internes, fait marche arrière, la majorité des États qui la composent rétablissant, depuis 2015, les contrôles aux frontières.

Pour aborder ces questions de manière sereine, il faut d’abord s’appuyer sur une connaissance précise des faits concernant les frontières elles-mêmes (leurs évolutions quantitatives et qualitatives), ainsi que les mouvements migratoires (ne serait-ce que pour constater que ceux-ci s’effectuent pour l’essentiel au sein de continents autres que l’Europe). La géographie et l’histoire permettent d’ancrer la réflexion dans le concret, dans la longue durée des spécificités religieuses, politiques, économiques, culturelles qui sont à l’origine des discontinuités et des partages. La prise en compte des forces économiques libérées par la domination néo-libérale, qui exalte le libre-échange, la libre circulation des marchandises et des capitaux, en remettant en cause toutes les formes de limites et de frontières, oblige à relativiser la capacité des individus à compter sur leur seul pouvoir d’agir.

D’autre part, dès lors qu’on se situe dans l’espace politique, la liberté de circuler se heurte au jeu des intérêts, des valeurs et des lois qui gouvernent la conduite des individus, des peuples et des États. Si l’on écarte le repli identitaire des nationalismes, des  options légitimes peuvent entrer en tension. On pourra, entre autres exigences, mettre l’accent sur le sort des individus confrontés à des situations de violence, de misère ou de dérèglement climatique ; sur le désir des citoyens de préserver une communauté politique construite autour de règles librement consenties ; ou sur l’impératif des droits fondamentaux (notamment le droit d’asile) qu’une société démocratique est, de toute façon, tenue de respecter. Les décisions qui en découleront tendront à faire évoluer la législation d’un pays dans telle ou telle direction.

Si les frontières, dans le cas le plus général, séparent et excluent, instituant un dedans et un dehors, il semble indispensable de réfléchir aux moyens de réduire leurs effets  déshumanisants. Cela soulève la question hautement politique de la place réservée aux étrangers dans une société démocratique. »