Conférence de l’Hôtel de ville 2017-2018 n°5

Jeudi 8 mars 2018 à 19h, Hôtel de ville, salle Aristide Briand

Olivier REY

à propos de son livre

« QUAND LE MONDE S’EST FAIT NOMBRE »

aux Éditions Stock (2016)

La statistique est aujourd’hui un fait social total : elle règne sur la société, régente les institutions et domine la politique. Un vêtement de courbes, d’indices, de graphiques, de taux, recouvre l’ensemble de la vie. L’éducation disparaît derrière les enquêtes PISA, l’université derrière le classement de Shanghai, les chômeurs derrière la courbe du chômage… La statistique devait refléter l’état du monde, le monde est devenu un reflet de la statistique.

Olivier REY, mathématicien et philosophe, membre de l’Institut d’histoire et de philosophie des sciences et des techniques, enseigne la philosophie à l’Université Paris 1. Il est l’auteur de Itinéraire de l’égarement. Du rôle de la science dans l’absurdité contemporaine (Le Seuil, 2003), Une folle solitude. Le fantasme de l’homme auto-construit (Le Seuil, 2006), Le Testament de Melville. Penser le bien et le mal avec « Billy Bud » (Gallimard, 2011), Une question de taille (Stock, 2014). Il a aussi écrit deux romans : Le Bleu du sang (Flammarion, 1994) et Après la chute (Pierre-Guillaume de Roux, 2014).

Rencontre animée par Pascal VALLET, sociologue ; maître de conférences à l’Université Jean Monnet de Saint-Etienne.

Conférence de l’Hôtel de ville 2017-2018 n°4

Mardi 23 janvier 2018 à 19h, Hôtel de ville, salle Aristide Briand

Nathalie HEINICH

à propos de son livre

« DES VALEURS. UNE APPROCHE SOCIOLOGIQUE »

aux Éditions Gallimard (2017)

Nathalie Heinich aborde la question des « valeurs » avec les outils des sciences sociales, en adoptant une approche descriptive, compréhensive, résolument neutre. Elle montre que ce ne sont ni des réalités ni des illusions, mais des représentations collectives cohérentes et agissantes.
Sa « sociologie axiologique » ne prétend pas, comme la philosophie morale, dire ce que seraient de « vraies » valeurs, mais s’attache à ce que sont les valeurs pour les acteurs : comment ils attribuent de «la» valeur, en un premier sens, par le prix, le jugement ou l’attachement ; comment les différents objets valorisés deviennent des «valeurs» en un deuxième sens (la paix, le travail, la famille) ; et comment ces processus d’attribution de valeur reposent sur des «valeurs» en un troisième sens : des principes largement partagés (la vérité, la bonté, la beauté), mais diversement mis en œuvre selon les sujets qui évaluent, les objets évalués, les contextes de l’évaluation.
L’analyse pragmatique des jugements produits en situation réelle de controverse comme les débats sur la corrida, permet à l’auteur de mettre en évidence la culture des valeurs que partagent les membres d’une même société.

(c) F. Mantovani

Nathalie HEINICH, sociologue, est directrice de recherches au CNRS. Elle est l’auteur de très nombreux ouvrages, parmi lesquels : La Gloire de Van Gogh. Essai d’anthropologie de l’admiration (Éditions de Minuit, 1991), Ce que l’art fait à la sociologie (Éditions de Minuit, 1998), Pour en finir avec la querelle de l’art contemporain (L’Échoppe, 2000), Sortir des camps, sortir du silence (Les Impressions nouvelles, 2011), Dans la pensée de Norbert Elias (CNRS Editions, 2015).

Rencontre animée par Jean-Claude Guerrini, ancien professeur de lettres, 
chercheur associé du Laboratoire ICAR (CNRS- ENS Lyon- Université Lyon 2).

Conférence de l’Hôtel de ville 2017-2018 n°3

Jeudi 11 janvier 2018 à 19h, Hôtel de ville, salle Aristide Briand

Céline SPECTOR

à propos de son livre

« ÉLOGES DE L’INJUSTICE. LA PHILOSOPHIE FACE A LA DÉRAISON »

aux Éditions du Seuil (2016)

D’où vient que l’injustice constitue un problème à part dans la philosophie ? Pourquoi est-il si difficile pour elle de donner de bonnes raisons d’agir de manière raisonnable ?
Ce livre propose une galerie de portraits des Objecteurs qui, dans l’histoire de la philosophie, ont contesté la proposition selon laquelle il est rationnel d’être juste. De Platon à Hobbes, Diderot, Rousseau, Hume et Sade, de nombreux philosophes ont tenté de figurer le raisonneur violent qui se cabre face aux coûts et aux sacrifices associés à une politique juste. Or les théories politiques contemporaines inscrites dans le cadre du choix rationnel ont métamorphosé la figure de l’Objecteur. Dans une large mesure, elles ont occulté l’Insensé qui figurait leur dehors et l’ont réduit à la figure apaisée du passager clandestin (free rider) qui trouve un bénéfice économique dans la désobéissance aux règles communes. En étudiant cette transformation de la philosophie politique, il s’agit donc de mesurer ce que nous risquons de perdre, en termes de réalisme politique, lorsque la résistance de l’illusion, de la violence, de l’affect ou du désir n’est plus prise en charge par la philosophie.

© E. Marchadour

Céline SPECTOR est professeure de philosophie morale et politique à l’université Paris-Sorbonne. Ses travaux portent sur la philosophie française du XVIIIe siècle et sur la philosophie politique contemporaine. Elle a notamment publié Montesquieu. Liberté, droit et histoire, et Rousseau. Les paradoxes de l’autonomie démocratique (Michalon, 2010 et 2015).

Rencontre animée par Jacqueline DESSAGNE,  professeure honoraire de philosophie.