Conférence de l’Hôtel de ville 2017-2018 n°7

Mardi 15 mai 2018 à 19h, Hôtel de ville, salle Aristide Briand

Fethi BENSLAMA

à propos de son livre

« UN FURIEUX DESIR DE SACRIFICE. LE SURMUSULMAN »

et (avec Farhad Khosrokavar)

« LE JIHADISME DES FEMMES. POURQUOI ONT-ELLES CHOISI DAECH ? »

aux Éditions du Seuil (2016 et 2017)

Dans le premier de ces livres, Fethi Benslama propose d’interpréter le désir de sacrifice qui s’est emparé de tant de jeunes au nom de l’Islam, à partir de la figure du surmusulman, qu’il a décelée dans les discours et les prescriptions de l’islamisme, comme dans son expérience clinique. Explorant le phénomène de la
« radicalisation » à la fois comme un fait religieux devenu menaçant et comme un symptôme social psychique, il comprend la désignation de surmusulman comme un diagnostic sur le danger auquel sont exposés les musulmans et leur civilisation. Et achève son essai sur un dépassement de cette figure en vue d’un autre devenir pour les musulmans.

Dans le second livre, il décrit, avec le concours du sociologue Farhad Khosrokhavar, les caractères objectifs du phénomène du jihadisme au féminin – devenu presque aussi nombreux que celui des hommes – et éclaire les ressorts subjectifs de l’adhésion à un régime violemment oppressif, qui dénie aux jeunes femmes les acquis de l’émancipation, mais leur donne paradoxalement le sentiment d’exister comme épouse ou mère de combattants.

Fethi BENSLAMA est psychanalyste, professeur de psychopathologie clinique à l’université Paris-Diderot. Il a publié entre autres Rencontres de Rabat avec Jacques Derrida (Ed. de l’Aube, 1999), La psychanalyse à l‘épreuve de l’Islam (Flammarion, 2002), Déclaration d’insoumission. À l’usage des musulmans et de ceux qui ne le sont pas (Flammarion, 2005), Soudain la révolution ! De la Tunisie au monde arabe : la signification d’un soulèvement (Denoël, 2011), La guerre des subjectivités en Islam (Lignes, 2014), L’idéal et la cruauté, subjectivité et politique de la radicalisation (Lignes, 2014) .

La rencontre sera animée par Bernadette EPALLE, psychanalyste, membre de l’Association psychanalytique Rhône-Alpes.

Conférence de l’Hôtel de ville 2017-2018 n°6 (attention ! cette conférence est annulée !)

ATTENTION ! EN RAISON DE LA GRÈVE DES TRANSPORTS ANNONCÉE À PARTIR DU 3 AVRIL, (date initialement prévue pour cette conférence) CETTE CONFÉRENCE EST ANNULÉE. 

Laurence HANSEN-LØVE

à propos de son livre

« OUBLIER LE BIEN, NOMMER LE MAL »

aux Éditions Belin (2016)

La science du bien et du mal n’a jamais existé : Platon s’en désolait, nous avons cessé, nous, les Modernes, de nous en offusquer. Pourtant, des questions éthiques ne cessent de nous être posées aujourd’hui comme par le passé : quelles valeurs morales promouvoir à l’école ? Est-il acceptable d’abandonner à leur sort les familles de migrants fuyant la guerre ? Mon pays, la France, doit-il intervenir militairement contre tel ou tel État dit « terroriste » ? etc.

Face à de telles interrogations, nous ne pouvons nous contenter de suspendre notre jugement sous couvert de relativisme (« À chacun sa conception du bien et du mal »).
Prenant appui sur les réflexions de grands philosophes et théologiens face au défi du mal, tout en interrogeant la montée de nouvelles formes de violences au XXIe siècle, Laurence Hansen-Løve pose la question : le bien et le mal sont-ils vraiment des notions obsolètes ?

Une fois récusée la fausse évidence d’une symétrie entre le bien et le mal, il est possible de prendre acte de la préséance du mal sur le bien. Dès lors, la certitude du mal, posée comme un fait, cesse de contredire l’incertitude du bien, à laquelle il apparaît sage de se résoudre.

Laurence HANSEN- LØVE, professeur agrégée de philosophie à Paris, est l’auteur d’une anthologie philosophique (Cours particulier de philosophie, Belin, 2006 et 2016) et de La philosophie comme un roman (Hermann, 2014) et (avec Catfish Tomei) de Charlie, l’onde de choc. Une citoyenneté bousculée, un avenir à réinventer (Éditions Ovadia, 2015).

 

Conférence de l’Hôtel de ville 2017-2018 n°5

Jeudi 8 mars 2018 à 19h, Hôtel de ville, salle Aristide Briand

Olivier REY

à propos de son livre

« QUAND LE MONDE S’EST FAIT NOMBRE »

aux Éditions Stock (2016)

La statistique est aujourd’hui un fait social total : elle règne sur la société, régente les institutions et domine la politique. Un vêtement de courbes, d’indices, de graphiques, de taux, recouvre l’ensemble de la vie. L’éducation disparaît derrière les enquêtes PISA, l’université derrière le classement de Shanghai, les chômeurs derrière la courbe du chômage… La statistique devait refléter l’état du monde, le monde est devenu un reflet de la statistique.

Olivier REY, mathématicien et philosophe, membre de l’Institut d’histoire et de philosophie des sciences et des techniques, enseigne la philosophie à l’Université Paris 1. Il est l’auteur de Itinéraire de l’égarement. Du rôle de la science dans l’absurdité contemporaine (Le Seuil, 2003), Une folle solitude. Le fantasme de l’homme auto-construit (Le Seuil, 2006), Le Testament de Melville. Penser le bien et le mal avec « Billy Bud » (Gallimard, 2011), Une question de taille (Stock, 2014). Il a aussi écrit deux romans : Le Bleu du sang (Flammarion, 1994) et Après la chute (Pierre-Guillaume de Roux, 2014).

Rencontre animée par Pascal VALLET, sociologue ; maître de conférences à l’Université Jean Monnet de Saint-Etienne.

Conférence de l’Hôtel de ville 2017-2018 n°4

Mardi 23 janvier 2018 à 19h, Hôtel de ville, salle Aristide Briand

Nathalie HEINICH

à propos de son livre

« DES VALEURS. UNE APPROCHE SOCIOLOGIQUE »

aux Éditions Gallimard (2017)

Nathalie Heinich aborde la question des « valeurs » avec les outils des sciences sociales, en adoptant une approche descriptive, compréhensive, résolument neutre. Elle montre que ce ne sont ni des réalités ni des illusions, mais des représentations collectives cohérentes et agissantes.
Sa « sociologie axiologique » ne prétend pas, comme la philosophie morale, dire ce que seraient de « vraies » valeurs, mais s’attache à ce que sont les valeurs pour les acteurs : comment ils attribuent de «la» valeur, en un premier sens, par le prix, le jugement ou l’attachement ; comment les différents objets valorisés deviennent des «valeurs» en un deuxième sens (la paix, le travail, la famille) ; et comment ces processus d’attribution de valeur reposent sur des «valeurs» en un troisième sens : des principes largement partagés (la vérité, la bonté, la beauté), mais diversement mis en œuvre selon les sujets qui évaluent, les objets évalués, les contextes de l’évaluation.
L’analyse pragmatique des jugements produits en situation réelle de controverse comme les débats sur la corrida, permet à l’auteur de mettre en évidence la culture des valeurs que partagent les membres d’une même société.

(c) F. Mantovani

Nathalie HEINICH, sociologue, est directrice de recherches au CNRS. Elle est l’auteur de très nombreux ouvrages, parmi lesquels : La Gloire de Van Gogh. Essai d’anthropologie de l’admiration (Éditions de Minuit, 1991), Ce que l’art fait à la sociologie (Éditions de Minuit, 1998), Pour en finir avec la querelle de l’art contemporain (L’Échoppe, 2000), Sortir des camps, sortir du silence (Les Impressions nouvelles, 2011), Dans la pensée de Norbert Elias (CNRS Editions, 2015).

Rencontre animée par Jean-Claude Guerrini, ancien professeur de lettres, 
chercheur associé du Laboratoire ICAR (CNRS- ENS Lyon- Université Lyon 2).

Conférence de l’Hôtel de ville 2017-2018 n°3

Jeudi 11 janvier 2018 à 19h, Hôtel de ville, salle Aristide Briand

Céline SPECTOR

à propos de son livre

« ÉLOGES DE L’INJUSTICE. LA PHILOSOPHIE FACE A LA DÉRAISON »

aux Éditions du Seuil (2016)

D’où vient que l’injustice constitue un problème à part dans la philosophie ? Pourquoi est-il si difficile pour elle de donner de bonnes raisons d’agir de manière raisonnable ?
Ce livre propose une galerie de portraits des Objecteurs qui, dans l’histoire de la philosophie, ont contesté la proposition selon laquelle il est rationnel d’être juste. De Platon à Hobbes, Diderot, Rousseau, Hume et Sade, de nombreux philosophes ont tenté de figurer le raisonneur violent qui se cabre face aux coûts et aux sacrifices associés à une politique juste. Or les théories politiques contemporaines inscrites dans le cadre du choix rationnel ont métamorphosé la figure de l’Objecteur. Dans une large mesure, elles ont occulté l’Insensé qui figurait leur dehors et l’ont réduit à la figure apaisée du passager clandestin (free rider) qui trouve un bénéfice économique dans la désobéissance aux règles communes. En étudiant cette transformation de la philosophie politique, il s’agit donc de mesurer ce que nous risquons de perdre, en termes de réalisme politique, lorsque la résistance de l’illusion, de la violence, de l’affect ou du désir n’est plus prise en charge par la philosophie.

© E. Marchadour

Céline SPECTOR est professeure de philosophie morale et politique à l’université Paris-Sorbonne. Ses travaux portent sur la philosophie française du XVIIIe siècle et sur la philosophie politique contemporaine. Elle a notamment publié Montesquieu. Liberté, droit et histoire, et Rousseau. Les paradoxes de l’autonomie démocratique (Michalon, 2010 et 2015).

Rencontre animée par Jacqueline DESSAGNE,  professeure honoraire de philosophie.